Origines de la psychanalyse
Sigmund FREUD (1856-1939), le fondateur de la psychanalyse, né à Freiberg (Moravie), est un neuropsychiatre autrichien.
En 1886, il assiste aux cours donnés par Charcot à l’hôpital de la Salpetrière de Paris. Il approfondit ses connaissances sur l’hystérie et découvre surtout l’inefficacité des méthodes employées pour les patients. Certes, la maladie est étrange : un jour le patient est sourd ; l’autre jour il retrouve l’audition mais devient aveugle d’un oeil. Ou alors il perd la capacité de parler, fait des crises de nerf, des syncopes. Les symptômes sont variés et se déplacent ! C’est ce qui rend particulièrement difficile la compréhension de la maladie. De plus, aucune cause neurologique ou organique ne vient appuyer les dires des malades. Certains médecins pensent d’ailleurs que la maladie n’existe pas et que les patients simulent !
Freud s’intéresse également à l’hypnose, discipline qu’il approfondira auprès de Bernheim et Liébault deux grands spécialistes de ce domaine. Mais c’est avec Breuer qu’il se livre à ses plus intéressantes recherches et c’est avec lui que commence réellement l’histoire de la psychanalyse.
Breuer depuis quelques temps s’occupe d’une jeune patiente hystérique, Anna O. Celle-ci, soignant son père mortellement malade, est en proie à de nombreux troubles. Par moment, l’intensité des symptômes la rend incapable de poursuivre les soins qu’elle voudrait prodiguer à son père. Breuer et Freud essaient de comprendre la maladie de mademoiselle O. En l’hypnotisant ils lui demandent d’exprimer ses angoisses, son malaise intérieur. C’est ainsi qu’il firent une surprenante découverte : lorsque la patiente retrouve l’origine d’un symptôme, celui-ci disparaît ! Il n’en fallait pas plus pour commencer à dire que la cause de l’hystérie est psychologique.
Plus tard, Freud précisera que les hystériques souffrent de " réminiscence ". En fait, un passé traumatique, mais oublié (refoulé, disent les psychanalystes), vient s’imposer dans le présent. Anna O, par exemple, souffrait d’une incapacité d’avaler de l’eau. Pendant de longs mois elle était ainsi dans l’obligation de s’hydrater en mangeant des fruits. Pourtant, un jour qu’elle était hypnotisée, elle se souvint qu’elle avait vu un chien boire dans un verre et que cela l’avait remplie de dégoût. Elle se réveilla presque aussitôt et demanda à boire. Elle vida un grand verre d’eau. Le symptôme avait disparu !
Les prémisses de la psychanalyse reposent ainsi sur une théorisation de l’hystérie. Si pour diverses raisons Freud abandonne l’hypnose, il veut toujours retrouver l’origine des symptômes en posant des questions, en interrogeant ses patients. Sa pratique évoluant, il n’inventera que plus tard la technique aujourd’hui spécifique de la psychanalyse : la " libre association ". Il s’agit de " dire tout ce qui vient à l’esprit " tandis que l’analyste se place essentiellement en position d’écoute. En effet, lorsque l’attention se relâche, les pensées déterminées par le fonctionnement de l’inconscient apparaissent plus facilement. C’est ainsi que le psychanalyste retrouve dans le discours du patient les matériaux traumatiques refoulés. A terme, la prise de conscience, favorise la guérison.
Pour Freud donc, le " le moi (conscient) n’est pas maître dans sa maison ". C’est l’inconscient qui régit la vie mentale. C’est l’inconscient qu’il faut mieux comprendre pour expliquer la névrose et finalement brosser un tableau complet de la vie psychique. Publiant, en 1899 " l’interprétation des rêves ", Freud révèle les principales clefs de sa méthode d’interprétation. En effet, il voit dans le rêve " la voie royale d’accès à l’inconscient ". Si, les éditions successives de sa fameuse " Traumdeutung " (l’interprétation des rêves, en allemand) se vendent mal, le livre n’en est pas moins réédité plusieurs fois. Il finira par être une des pierres angulaires de la méthode psychanalytique. En effet pour Freud le rêve n’est pas un déchet inutile de la vie psychique. Bien au contraire, le rêve est l’expression d’un désir, et tous les mécanismes à l’œuvre dans les névroses deviennent compréhensibles lorsqu’on étudie le rêve. Comme le rêve a un sens qu’il faut interpréter, nos pensées conscientes dans nos vies quotidiennes sont elles aussi révélatrices d’un sens plus profond et caché.
Fort d’une meilleure compréhension du rêve Freud formule sa première topique. Autrement dit, son premier modèle pour décrire les différentes parties de l’appareil psychique. Trois instances y sont en interactions : l’inconscient, le préconscient et le conscient. Si Freud parle " d’instances " (le terme est inspiré du droit, " instance juridique ") c’est parce que le préconscient est une force active. Le préconscient n’autorise les excitations inconscientes à devenir conscientes qu’au prix d’un traitement critique. Entre le conscient et l’inconscient de nombreuses pensées sont censurées ou déformées.
Avec l’évolution de la théorie une deuxième topique viendra compléter les lacunes de la première. L’appareil psychique est cette fois-ci découpé en trois systèmes : le ça, le moi, et le surmoi. Le " ça " est le réservoir pulsionnel de l’inconscient : " Ca se passe au fond de moi " " Ca me parle ". Le surmoi, d’un autre coté, incarne les idéaux et les valeurs morales transmises par l’éducation. Entre les deux, le moi fait la médiation. Dans la deuxième topique l’accent est ainsi mit sur les notions de conflits intrapsychiques (entre ça et surmoi par exemple), d’ambivalence (lorsqu’on ressent simultanément des désirs contradictoires, comme l’amour et la haine vis à vis d’un autre par exemple).
Si la représentation topique de l’appareil psychique est donc également dynamique, Freud n’a pas négligé l’aspect économique, c’est à dire énergétique du fonctionnement de l’esprit. Bien au contraire, dans la visée psychanalytique, l’économie psychique a toute son importance. Freud partant de l’idée que la plupart des actions humaines sont sous tendues par la faim ou l’amour, essai de comprendre de quelle manière les pulsions sont investies en énergie. Son expérience de la clinique l’amène à penser que l’amour, au sens large, est le mieux à même d’expliquer les investissements énergétiques. L’expression la plus juste pour lui est d’ailleurs : la sexualité. Tout mouvement ou comportement est en rapport avec une forme d’amour, d’affection (au sens large), donc de sexualité. Ainsi, il appellera l’énergie, libido.